Chers tous,
pour ceux qui souhaiteraient revenir sur le texte de saint Jean de la Croix qui a accompagné notre prière de dimanche après-midi, voilà l’extrait du
Cantique Spirituel. Bonne lecture !

Où t’es-tu caché,
Ami, et pourquoi m’as-tu laissée gémissante ?
Comme le cerf tu t’es enfui,
Après m’avoir blessée ;
En criant je suis sortie après toi, et tu étais parti.

Bergers, vous qui passerez
Là-haut par les bergeries, sur la colline,
Si d’aventure vous voyez
Celui que j’aime le plus,
Dites-lui que j’ai mal, que je souffre et que je meurs.

Ô forêts et bosquets
Plantés par la main de l’Ami,
Ô prairie verdoyante,
Emaillée de fleurs,
Dites-moi si vous l’avez-vu passer.

C’est en répandant mille grâces,
Qu’il est passé en hâte par ces bocages
En les regardant,
Par sa seule figure,
Il les a laissés revêtus de beauté.

Hélas, qui pourra me guérir !
Donne-toi enfin pour de vrai ;
Renonce à m’envoyer
Désormais d’autres messagers
Qui ne savent pas répondre à ce que je veux.

Tous ceux qui vont et qui viennent
Me racontent de toi mille beautés
Et ne font que me blesser davantage,
Mais ce qui me laisse mourante
C’est un je ne sais quoi qu’ils sont à balbutier.

Éteins mon tourment,
Puisque personne ne sait le dissiper,
Et que mes yeux te voient,
Puisque tu es leur lumière,
Ce n’est que pour toi que je veux m’en servir.

Ô fontaine de cristal,
Si, sur ta face d’argent,
Tu faisais apparaître, tout à coup,
Les yeux désirés
Que porte dessinés dans mon cœur !

Mon Ami ? Les montagnes,
Les vallées solitaires et boisées,
Les îles étrangères,
Les fleuves aux eaux bruyantes,
Le murmure des vents pleins d’amour.

La nuit tranquille,
Lorsque s’approche le lever de l’aurore,
La musique silencieuse,
La solitude harmonieuse,
Le festin qui recrée et emplit d’amour.

Dans la cave intérieure
De mon Ami j’ai bu, et quand je suis sortie,
Dans toute cette plaine
Je ne savais plus rien,
Et je perdis le troupeau que je suivais naguère.

Mon âme s’est employée
Avec toutes mes richesses à son service ;
Désormais je ne garde plus de troupeau,
Et je n’ai plus d’autre office,
Ma seule occupation est d’aimer.

Si donc, sur la place publique,
Je ne suis à partir de ce jour ni vue ni rencontrée,
Vous direz que je me suis perdue,
Et que marchant comblée d’amour,
Je me suis constituée perdue, et j’ai été gagnée.

Quand tu me regardais,
Tes yeux en moi imprimaient ta grâce :
Aussi tu m’aimais avec tendresse,
Et en cela les miens
Méritaient d’adorer ce qu’en toi ils voyaient.

Daigne donc ne pas me mépriser,
Parce que tu as m’as trouvé le teint sombre,
Tu peux bien désormais me regarder,
Car depuis que tes yeux se sont fixés sur moi,
En moi tu as laissé grâce et beauté.

L’Epouse est donc entrée
Dans le jardin de délices qu’elle désirait,
Et joyeuse elle repose,
Le cou incliné,
Sur les doux bras de l’Ami.

Dans la solitude elle vivait,
Dans la solitude elle a fait son nid,
Et en solitude la conduit,
Seul à seul son Bien-Aimé,
Blessé lui-même d’amour en solitude.


Sœur Lucja

'Le vent souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va.' | Jn 3,8